Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 14:48

L'article proposé aujourd'hui est une introduction à la pratique de la voie humide dans ses nombreux paramètres.

Les conditions du travail concret obsèdent en général les néophytes qui n'ont pour bagage qu'un nombre plus ou moins copieux d'heures de lectures des auteurs, qu'ils soient classiques ou non.

Et la perplexité de trouver un cheminement opératoire qui ne soit pas la simple répétition, voire le pur mimétisme des procédés entrevus chez quelques auteurs, dans l'aveuglement total, puisque la porte du labyrinthe est bien fermée et même difficile à définir.

A la nécessité de la lecture s'est ajoutée l'impérieuse capacité à philosopher simplement en allant de la nature ouverte à la nature secrète.

Sans anticiper sur la suite du dialogue entre le néophyte et le philosophe qui reviendra sur les aspects théoriques de l'alchimie en prémices à la pratique, le moment est venu de reprendre le fil du témoignage laissé par Filostène.


Lorsque le moment est venu, nous avons franchi la frontière entre le parfait béotien que nous étions et avons été plongé dans l'expérience sous les directives du Maître.

Perplexe, car la première expérience n'avait pas de portée immédiate. Simplement, c'était une prise de contact physique avec des matériaux bruts qui, dans l'esprit de la philosophie hermétique, doivent eux aussi retrouver un sens, une direction, par des modifications de structure profonde, à travers une harassante confrontation.

Le vendredi 14 janvier 2000, arrivé à la maison qu'occupait Filostène dans la région de Gedinne vers les onze heures, et lorsque le soleil est parvenu au méridien (véritable avec équation du temps comprise) le Maître me présenta l'opération, les matériaux en présence, et les instruments pour opérer.

Il s'agissait de fragments de stibine et de galène, répartis dans une proportion de 3,5 à 1 (pour ce qui est du poids) en présence de graviers de calibres variés (granulomérie d'une échelle entre 1 et 60) et à réduire en plusieurs étapes à l'état de tous petits cailloux au diamètre ne dépassant plus le demi millimètre.

La première partie consista à concasser au marteau (mailloche d'un bois extrêmement dur) les fragments pour en diminuer la taille en prime approche.
Les cristaux rompus, la deuxième étape est, comme prévisible, le broyage à cru et à froid, au pilon de bronze, phase qui ne dure que quelques minutes.

Ensuite commence la phase la plus importante et donc forcément la plus éprouvante.
Muni d'un tamis circulaire, comparable à celui des orpailleurs, que nous pouvons évidemment corréler au " van " des chercheurs ou des agriculteurs, nous avons mélangé les fragments de stibine et de galène déjà réduits en petits cailloux, avec les graviers et une quantité de sable du Rhin (utilisé en construction) le tout animé d'un mouvement rotatoire par les bras ouverts pendant des périodes de 6 minutes. De légers temps de repos et puis continuer et celà pendant à peu près six heures en tout !

Un filtrage à l'eau de source pour trier les minéraux des matériaux abrasifs puis la reprise du même processus.

Ce travail fera sourire le lecteur, mais un des points essentiels est que la fatigue des matières (parallèle à celle de l'opérateur) s'inscrive dans un double mouvement : celui des matières "promenées" circulairement et celui des sphères célestes sur lequel il faut donner les paramètres.

Ce jour là, la quadrature du premier quartier de lune de l'hiver commençant intervient vers la mi journée. Les heures de travail s'insèrent ainsi dans une phase d'affirmation du cycle de la lunaison, entre le premier quartier et vers la pleine lune.

Les matières sont donc ainsi progressivement affinées avant toute intervention des deux éléments transformateurs : EAU et FEU.

La phase suivante, sept jours plus tard, consista à chaufffer légèrement les deux sulfures jusqu'à 70 ° C en les ayant mélangé avec de l'eau de source.

N'a t'on pas fait assez remarquer en alchimie, l'importance vitale de la qualité des eaux utilisées, surtout à notre époque d'intense pollution ?

Il y a trois types d'eaux susceptibles de nous intéresser : les eaux célestes, l'eau pluviale, les eaux de source. 
Le travail des deux premières est des plus ardus actuellement. 
Selon la situation géographique du laboratoire, il faut se méfier des premières eaux pluviales qui interviennent après une phase de sécheresse plus ou moins prolongée. On peut par contre travailler avec une eau tombée en régime de pluie continue, dans les heures qui suivent le début de l'averse.
La filtration est nécessaire.
L'eau céleste qui provient de la condensation nocturne est la plus subtile et la seule sur laquelle les philosophes contemporains ont donné une approche plus ou moins précise...
Sur cette eau, à prendre canoniquement, soit entre fin mars et mi juin, il faut toutefois craindre la présence de pesticides au sol, qui fait dorénavant préférer la récolte en suspension ou en tout cas sans contact avec l'herbe souvent souci de pollution multiple.

L'eau de source, dont celle qui se trouvait à moins de trois cents mètres du laboratoire de Filostène peut servir d'exemple de très bonne qualité, est une excellente réplique au problème de filtration.
Il sera indispensable de déterminer les cations minéraux présents parce que leurs affinités avec les grands frères minéraux vont aider ou freiner la véritable "ouverture" du cheminement des opérations proprement dite.

Nous venons, de manière très peu voilée, de vous parler d'un début de pratique par voie humide, de ce qui sera dans un cycle suivant l'assation réellement réalisée.


Revenons un moment sur ce type de travail face à vous même.

Essayer de passer d'un caillou compact (qui résiste aux frictions mécaniques classiques) à un minéral réduit progressivement à l'état d'une poudre glissante pareille au talc, aura nécessité du temps, de l'énergie motrice répétée avec l'obstination et la sueur indispensable à la fatigue interne. Celle des deux métaux est toute relative pour ces deux protagonistes de l'oeuvre qui se cachent encore avec leurs "dragons" puisqu'encore à l'état de sulfures vulgaires.

ASSATIO

Le travail a repris régulièrement ensuite, de semaine en semaine, vers les phases lunaires, pour ce qui est de la préparation initiale, et puis au second cycle de lunaison (le  12 février 2000 en l'occurence) les ballons de verre avec toujours ce mélange des deux sulfures qui sont cette fois laissés dans leur jus, dans une douce cuisson comparable à celle déjà décrite par Canseliet dans son évocation de la même phase.

Filostène préferait les 50°C aux 40 souvent suggérés. Parcontre, il faisait intervenir un matériau spécifique en guise de nid à savoir une chaux faite de sable et de silice préchauffés et mélangés à de la glaise provenant des environs immédiats de l'eau de source évoquée.

Le cycle de l'assation se poursuivit ainsi jusqu'au 20 mars qui coincidat cette année avec la pleine lune exacte (et donc six jours avant la date de Pâques).

Nous vous laissons quelques temps avant de revenir sur ces prémices opératoires à l'oeuvre en voie humide.
  

  

Partager cet article

Repost 0

commentaires

eriam loup 04/12/2009 14:37


je ressent,en vous, une profonde fidélité envers votre "guide"et votre témoignage concernant la pratique et surtout la remise a plat du "mystère" Fulcanelli,font que votre "blog"est plus que
nécessaire dans ce petit monde ,un peux perturbé,ou cet ART ne sert plus que comme faire valoir pour certaines personnes en mal de pub!!!!
un "frere" en Hermes


Filostène junior 04/12/2009 19:35


Bonjour Marie Loup,

je vous remercie pour vos mots, pour Filostène senior surtout, et croyez bien que le chemin de la Pierre réserve ses merveilles aux isolés, qui ont pour lanterne, l'oreille du coeur large ouverte,
loin des actualités médiatiques ou éditoriales... Comme vous, nous suivons les pas de l'étoile centrale, au coeur de la matière, comme la promesse de la re-naissance de la Lumière
d'origine.
En ce vendredi (veneris dii) du deuxième dimanche d'avent,


laurent 05/09/2009 15:52

Bonjour à tous,

Je crois que nous avons la preuve ici que nous nous trouvons dans la plus pure orthodoxie quant à l'enseignement dispensé. Les lignes ici sont d'importances, et développent de manière prudente toutefois certains passages que les lecteurs de Canseliet sauront trouver sans difficultés dans son ouvrage L'alchimie expliquée.

Que l'auteur de ce blog soit ici remercié de son dévouement.

Par ailleurs, notons que les explications dans cet article de fond laissent entrevoir toute la mesure des échanges qui se produisent entre le laboureur et sa matière, point développé fréquemment dans les textes classiques, mais sans doute de manière moins clair.

Bravo encore pour ces lignes toujours intéressantes et salvatrices pour le modeste chercheur que je suis, et qui a l'espoir d'entrebaîller la porte du Jardin Secrêt entre tous...

Très bonne journée à tous et à très bientôt je l'espère.

laurent

Filos 05/09/2009 19:46


Bonsoir Laurent,

encore merci pour vos propos toujours agréables à lire dans le désert d'un monde actuel bien affligeant.

Juste une petite réflexion.

Le rôle énergétique auxiliaire qu prend la glaise ou argile, positionnée sous les graviers eux-même en sous couche des minéraux objets de l'assation est à souligner.

Filostène a développé (et celà dès l'époque du premier choc pétrolier en 1973 - 75) toute une gamme de procédés fort naturels dont le but est de prendre le relais des combustibles fossiles
commercialisés, afin d'accroitre l'indépendance énergétique et financière, en substituant des matériaux calorifères et conducteurs du feu afin de diminuer la prépondérance des manières classiques
des recherches par le feu.

Il suffira ici de préciser que l'argile doit subir une précuisson d'un régime igné bien supérieur à celui de l'assation et cela avant d'entamer celle-ci.

Le livre témoignage du philosophe aujourd'hui disparu reviendra bien sûr sur cet aspect aujourd'hui nécessaire de la pratique alchimique sans quoi elle risque de devenir inaccessible aux futurs
labourants.

Mes fraternelles salutations en Hermès