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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 14:04

En ce jour des Rameaux, le lecteur, un peu ébouriffé par le tournoiement des statues tri-une de Saint-Marcel, nous suivra de l'autre côté de la fameuse "frontière".

En marge de l'histoire et de la science (officielles), cette fois, allons un pas plus loin  dans les rapprochements de nature alchimique et donc un peu cabbalistique (mettez le K si vous êtes hébraïsant, et si ce n'est pas le K fait place au C).

Cassé comme il le fut, Saint-Marcel a bien abrité deux énigmes que vous retrouvez (en Alchimie) par l'allusion suivante : la légende dorée de la femme adultèrée, capturée et engrossée du serpent ou dragon, et sa libération par la geste de l'évêque dont le sacerdoce fait de sa crosse un glaive nouveau.

Pour la première partie de la geste (action mythique) écoutons un instant le grand codificateur en personne :

"Alta venenoso fodiatur tumba Draconi,

Cui mulier nexu sit bene vincta suo ;

Ille maritalis dum carpit gaudia lecti,

Haec moritur, cum qua sit Draco tectus humo.

Illius hinc corpus morti datur, atque cruore

Tingitur : Haec operis semita vera tui est."

 

 

Vous reconnaissez évidemment le célèbre épigramme de Michaël MAIER dans lequel on peut retrouver une similitude de propos et de mise en situation de l'emblème situé au pied de Saint-Marcel.

La traduction du latin au français permet de juxtaposer une série de termes cabalistiquement proches mais nous orientant vers des pratiques légèrement différentes.

" Profonde, du dragon vénéneux creuse la tombe,
  A qui la femme par sa forte étreinte est liée,
  Alors que Celui là (le dragon) du lit funèbre cueille la joie,
  Celle-là est morte, ensuite le dragon les recouvre de terre
  Le corps de ce dernier est livré à la mort, et par son sang 
  s'écoulant,
  Son corps est teint, voici la vraie voie de l'oeuvre."


"Alta"  ouvrant l'épigramme fait appel à deux traductions parallèles possibles. Comme il est mis en évidence, donnons lui un sens littéraire ou littéral : profonde 'de la tombe' ou bien élévé, en élévation, en redressement, qui serait le sens caché, parce qu'en contradiction avec le sens évident du creusement de la tombe.
En alchimie, ce type d'inversion du sens fait appel constamment à la vigilance. Ce qui est en bas ici se redresse pour appeler le haut. Dans l'humus martial se
 trouvera le sel sublimatoire indispensable au second et troisième oeuvre. 

Pour ne pas allonger à l'excès l'exégèse des termes latins employés, vous aurez remarqué la proximité du thème de l'épigramme du Comte du Consistoire Impérial avec le socle de notre statue sacrifiée, et justement, le fameux procédé d'extraction du sel mercuriel (voir Fulcanelli le Mystère des Cathédrales p. 146 de la 3è édition) hors du "résidu" comme le dit le grand Adepte en reprenant à son prédécesseur Nicolas Flamel le terme exact :"dragon babylonien".
D'autres termes pourraient mériter une longue analyse, notamment le "atque cruore" en avant-dernier vers, qui nous fait songer aux menstrues naturelles, racines et mères de diverses productions pouvant servir à l'Art d'Hermès. Il n'y a pas de hasard dans le choix des couleurs : le sang, les menstrues féminines, partagent des secrets de régénérescence et de dépouillement dont la finalité est le fameux homme rouge (de colère ou bien "dies irae" de cendres).
Tiens, puisque nous parlions de Michaël MAIER, célèbre alchimiste s'il en est, pourquoi lui avons-nous donné l'adjectif de "codificateur" ?
Parce qu'avec ses oeuvres, le symbolisme des mythes antiques se traduit et se décline dans la pratique alchimique avec une conscience aigue du choix des protagonistes, les abstractions prennent la forme d'une dramaturgie qui sont autant de voiles nouveaux aux matériaux évoqués, dont la vie minérale subit des métamorphoses qui ne sont possibles qu'avec une préparation appelée "canonique" (qui portent la mémoire de leur affinité céleste et de leur souche ou origine radicale).

Sur ce point, faut-il conclure à un chemin unique dans la voie sèche ? Ou bien faut-il voir par la multiplication des symboles la Nature nous révéler les multiples opérations préparatoires à la voie humide, aux préparations des spagyristes destinées à aider l'humanité en souffrance, ou à la voie brève, si difficile qui exige des aspirants aux nerfs d'acier, puisque les manipulations pratiques en sont risquées et réclame un sang-froid encore plus intense qu'en voie sèche.

Michaël MAIER a par ses études, ses contacts et ses voyages recueilli tous les éléments qui pouvaient fonder une nouvelle interpétation des symboles de la mythologie et nombre d'ouvrages tels que le VIRIDARIUM CHYMICUM, les ouvrages de CROLLIUS, MYLIUS, ou STOLCIUS portent tous cette nouvelle codification des symboles, que les protestants germains ou anglo-saxons ont rendu incontournable sur le chemin des études alchimiques et cabalistiques.

Pour en revenir à notre fameux Saint-Marcel, nous devons évoquer maintenant le deuxième acte de la  geste qui voit tout d'abord la mort des deux protagonistes et la victoire sur le dragon babylonien.
Notre simple évêque, Marcel prit sa crosse et secondé par l'aide divine terrasse ou met en fuite le dragon par le bâton pastoral métamorphosé en glaive.
Sur cette nouvelle version, l'attention est toute dans l'outil du miracle. 
Puisque notre seconde version de Saint-Marcel présentait une crosse amputée de sa partie spiralée, le bâton pastoral redevient comparable aux massues, gourdins et autres battes dont l'homme de tout temps s'est servi pour neutraliser les animaux périlleux.

Nous avons pris le terme de "glaive" (gladius) pour rapprocher la mission libératoire de Saint-Marcel du métier de gladiateur romain, et rappelons que Saint-Marcel est du cinquième siècle, période encore toute romaine, attaché à la glèbe de Lutétia (glèbe arénique et l'on pense alors à Virgile en ses Géorgiques I, 114 " bibula arena" les sables buvants, prémices d'absorption mercurielle au second oeuvre )....

On retrouvera ce glaive sur l'emblème XX du même guide Michaël MAIER (reproduit dans les "Trois Anciens Traités d'Alchimie d'Eugène Canseliet avec son excellente traduction en page XI et planche III auxquelles nous vous renvoyons) et aussi les bâtons plus primitifs intimidant le dragon sur l'emblème  XXV que nous reproduisons ici aussi.                                                                  
                                                                                                                                                                                                                                                           

"Mettre en terre le dragon n'est pas oeuvre aisée
"Bientôt il revit et rampe sur le sol.
"Le frère et sa soeur joints, ensemble dans sa bouche
"enfoncent leur bâton, pas d'autre chose pour lui donner la mort.
"Phoebus son frère, et Cynthia sa soeur, Python
"par elle,et Orion d'autre part, s'écroulèrent de leur
 main.



Le lecteur aura constaté que nous nous écartons de la traduction offerte par Etienne Perrot ( à la Librairie de Médicis éditions en 1969, réimprimé en 1970 et réédité par Dervy en 1997) pour respecter les termes latins utilisés par Michaël MAIER, nombre d'entr'eux permettant plusieurs orientations de lecture, nous laissons donc la liberté aux amateurs de textes codifiés de faire ces petites recherches révélatrices....
Nous avons pour notre part, utilisé l'excellent reprint de 1964 du texte latin et
allemand  édité en fac-similé par Bärenreiter-Verlag à Kassel (Deutschland). Le choix du bâton ou gourdin est moins chevaleresque mais parfois plus efficace. Le geste martial souligné par MAIER correspond parfaitement au geste de Saint Marcel.
 

Nous avons renvoyé au traité d'Eugène CANSELIET pour l'autre gravure montrant un combattant armé et luttant pour sa belle face au péril du feu.

Ces trois emblèmes recouvraient le champ symbolique offert par la belle statue de Saint-Marcel, trois en une. Les emblèmes XX, XXV  et L  ( 20, 25, 50) ne vous rappelent-ils pas des proportions "ignées" à respecter pour le régime des feux ? Ces proportions permettent l'application des sels en cette fin de premier oeuvre. Et le geste de Saint-Marcel prépare l'obtention du sel mercuriel nécessaire à la coquille de l'oeuf en l'oeuvre final.

 

Trois cents (cinq) mars sels que diable ! Quels feux pour le signe du Bélier (Orion terrassé par le feu n'est-il pas issu de trois géniteurs : Apollon, Vulcain et Mercure ? Voyez aussi Atalanta Fugiens emblème XLIX et le discours subséquent)......

 

Voici que commence la semaine sainte.

 

Nous accomplissons tous cette semaine un rite et le mystère pascal est de loin le plus alchimique des cycles chrétiens (voir Jean FABRE, Séverin BATFROI et Louis CATTIAUX entre autres)....

 

Merci de votre patiente lecture ! Priez pour tous ceux qui souffrent ...... 




   

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